Toi et tes nuages

 
La Compagnie l'ILLUSOIRE JARDIN de Montpellier nous proposait,
ce 10 décembre 2017 à Port-Vendres, une pièce d'Eric Westphal : TOI ET TES NUAGES. 
Une relation intrigante entre deux soeurs, vivant dans un univers clos et mystérieux.
Une multitude de sentiments se mêlent, s'entremêlent, se démêlent au coeur d'une atmosphère à la fois cruelle
et émouvante qui touche au thème de la folie. Les personnages bouleversants, un texte captivant nous entraînent
volontiers dans un monde à la fois tendre, drôle et poignant.
L'histoire se déroule dans un lieu non identifié : grenier ? salon ? meublé seulement d'une balancelle qui deviendra
tout à tour refuge et lieu de torture. La lumière joue un rôle essentiel en rétrécissant ou en agrandissant l'arène de
ce jeu tantôt dramatique, tantôt humoristique qui illustre les difficiles relations entre humains. Le texte et la mise en
scène nous placent, nous, spectateurs, dans une position d'attente impatiente de la chute.
Les deux comédiennes qui jouent les rôles de deux soeurs : Adèle, la raisonnable (?) et Ernestine, la folle (?),
sont vraies dans leur relation fusionnelle et destructrice. Les deux comédiens dans des rôles plus secondaires sont justes.
Encore que Philippe Reynié, qui a signé la mise en scène, éclaire de sa faconde et de sa drôlerie les scènes où il apparait,
proposant une aération nécessaire à cette atmosphère sombre de profonde solitude.
Ce spectacle, dans lequel l'auteur a volontairement mélangé des sentiments de toute nature, intègre à la fois violence
contenue, sagesse, tendresse et cruauté. Et l'osmose réussie entre texte et mise en scène permet de rendre attachantes
ces deux soeurs sourdement et résolument intélorantes. 
Ce fut un bel et bon moment de théâtre, un de ces moments où l'on ressent une grande amitié pour le genre humain, allez savoir pourquoi...
GMC
 
TOI et TES NUAGES vu par Marc Ely pour IDHerault 
"Avec Toi et tes nuages, ce 17 mai, Rendez-vous d’artistes confirme et signe !
Après Poison et son parfum de « revenez-y », Rendez-vous d’artistes installe son atmosphère et nous la fait partager. Cette belle salle, aux voûtes quatorzième, offre son espace, sa sérénité et ses ondes très positives, pour la deuxième fois, à la Cie Illusoire Jardin...
Toi et tes nuages, d’Eric Westphall, une pièce horrible, « horriblement » bien interprétée. Quatre personnages, les sœurs Ernestine et Adèle, cachant leur duo mortifère quelque part dans un « grenier », M. Zombrovitch, lisse, attentionné, mais… et « le représentant en brosses » cruellement banal et dangereusement ordinaire !
Cela promet et cela tient ses promesses. Mise en scène épurée, rien qui ne dépasse mais l’essentiel est bien là… ou plutôt, volontairement, n’y est pas. Le quatrième mur a volé en éclats et la pièce se joue parmi nous, au milieu du public. Nous, qui nous trouvons entre le lieu où s’agitent les protagonistes et la « petit boutique des horreurs »... Alors, il n’y a plus ni salle ni scène ? Et oui… avantage évident d’un lieu comme ce Rendez-vous d’artistes , petit format pour un grand théâtre !
Un mot sur les acteurs, cela s’impose, bien sûr. En premier, honneur aux dames. Dominique Salle, épuisante Adèle-sainte Blandine jetée aux lions... admirable de sacrifice et d’abnégation, sauf lorsque le vernis craque. Un rôle sans complaisance, pas de deuxième degré, Adèle est comme cela, droite dans ses bottes, et Dominique Salle d’une sévérité touchant à l’intégrisme. Ernestine, Monique Laporte, c’est la petite peste, capricieuse, à qui on a tout permis et à qui on continue de tout « passer ». Une odieuse petite fille, âgée de trente ans au moins, qui se roule par terre. Innocente enfant… que nenni, perversité et sensualité ne lui sont pas inconnues.... Deux héroïnes dans la belle lignée de "Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?" ... Qui est la plus « atteinte », la sage, folle dans son ascension vers le sacrifice, ou la folle, raisonnable et cohérente dans ses exigences. On se gardera bien de donner une réponse… il n’y en a pas !
Deux personnages supplémentaires apportent leur pierre à cet asile d’aliénées. Zombro, la sagesse, la raison, l’affectueuse attention personnifiées… Jacques Vincent, le sourire lisse, l’attitude paternelle qui siéent au personnage...
Intermède, comique certes, cruel aussi et inquiétant de même, que l’arrivée du « représentant en brosse ». Philippe Reyné campe avec un naturel époustouflant un « pied noir » caricatural, dans la veine de Robert Castel d’hilarante mémoire (mais pas que !), prêt à toutes les veuleries, tous les bons coups mais aussi à toutes les trahisons et le recours à l’ordre quand cela tourne mal pour lui. Malin, filou, adepte d’un humour facilement « gras »...
Au passage et parce que, justement, son rôle doit rester très discret, saluons la performance de Béatrice Verlaguet, « sans laquelle l'ambiance pesante ou plus légère de la pièce, selon les actes, serait nettement moins présente ». Béatrice, la « technique » venant de derrière le mur. Ce n’est pas facile de gérer les éclairages, la bande son, sans une vue directe sur le plateau… elle y réussit. Bravo !
Voilà en quelques réflexions une pièce jouée sans concession par quatre « beaux » acteurs... autour d’une géniale balancelle, endossant tour à tour le rôle de confortable « cocon », cage, prison, instrument de torture... brillante idée !"
Marc Ely pour IDHérault
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
;
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
"Toi et tes nuages" au festival "Les Bardots" à Montarnaud